a common reader

Adieu

· 10 February 2015 |  by Maarten
· Published in: FOCUS · miscellanea  |  1 Comment
·

JanantoonChers amis, famille, lecteurs,

C’est moi qui vous envoie ce message mais ce sont mes enfants et mon aimée qui le mettent sur papier. Pour ma part, je n’arrive plus à trouver mes mots. Je sens encore ce que je veux vous dire, le message que je veux vous laisser, mais je n’arrive plus à le transposer dans un texte.

Un cancer s’est infiltré dans mon cerveau. Il a dévoré mes mots, il a détruit ma connaissance des langues, et pris d’assaut mes facultés. De plus, il ne m’a laissé que quelques jours à vivre encore.

Mais malgré lui, je comprends encore beaucoup. Surtout la compréhension des sentiments, qui n’exigent pas de mots, je n’ai rien perdu de la force ni de la profondeur qui étaient miennes. Ce que je ressens et ce que je comprends; ce dernier message, c’est ce que je veux partager avec vous.

C’est bien ainsi.

Il y a bien sûr tellement de choses que j’aurais encore aimé vivre, découvrir, de nouveaux stimulus que je voudrais aller chercher. Mais les choses en sont autrement, et je ne suis pas quelqu’un qui va se lamenter et regretter ce qui aurait pu être.

Je suis content de la vie que j’ai vécue, avec les personnes que j’ai connues et aimées, avec les moments que j’ai pu partager avec elles. Empruntant les mots d’un de mes auteurs favoris: Confiezo que he vivido (J’avoue avoir vécu). Ma vie est accomplie, je me sens content et m’approche de la mort dans la sérénité.

Pour pouvoir partir dignement, je désire choisir moi-même l’heure de ma mort.

J’aimerais que toutes les nombreuses personnes qui me sont chères puissent comprendre cela, et même puissent ressentir — comme je le ressens moi-même — que c’est bien ainsi.1

Pour terminer, un poème que j’ai écrit il y a quelques années en espagnol:

Cuando siente la plenitud de las horas
un elefante se va a morir solo.
Y cuando mis manos ya no sirvan
para nada, ni para acariciar,

ni para escribir o labrar madera,
ni para jugar con mis nietos,
también mi hora habrá llegado.
Será una hora sencilla y justa.

Subiré lentamente las sendas antiguas
del altiplano hacia los cerros andinos.
Y al fin, desde la cumbre del Illimani,

veré las blancas nieves de antaño,
las nubes de siempre, la luna clara.
Solo esperaré la última madrugada.

Quand il ressent la plénitude des heures
un éléphant part mourir seul.
Et quand mes mains ne serviront
plus à rien, ni pour caresser,

ni pour écrire ou travailler le bois,
ni pour jouer avec mes petits-enfants,
mon heure aussi sera arrivée.
Ce sera une heure simple et juste.

Je monterai lentement les sentiers antiques
de l’altiplano vers les sommets andins
et au final, depuis le sommet de l’Illimani,

je verrai les blanches neiges d’antan,
les nuages de toujours, la lune claire.
seul, j’attendrai le dernier petit matin.

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One Comment

  1. André DROUART says:

    Quel magnifique poème. Quel courageux choix. Que d’émotions…

    Courage et amitiés à la famille, ses proches.

    André DROUART

  1. Le merveilleux film Mar adentro décrit très bien mes sentiments.
    Mar adentro
    (Ma mort sera indolore, sereine et digne, et je vais être entouré de mes proches.)



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